01 décembre 2017

J'avais un ami



« Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´un autre quartier, d´une autre solitude » 



Ma solitude est liée au sentiment de n’être jamais née ou ce sentiment de ne pas être complètement de ce monde, en ce monde.
C’est un concept qui m’obséda longtemps que se soient dans ma vie, mes lectures ou mes études, mes peintures.

Pour pallier ce manque, pour sortir de ce labyrinthe tanguant j’ai alors choisi ces hauts plateaux désertiques , l’ivresse des éléments indomptés de ma terre promise.
Le lieu de la bête, une de ces places oubliées qui détonne dans notre culture aseptisée et élégante où nous avons domestiqué l’espace.
L’amour de la terre, physique, primal, presque vulgaire de tant de plaisir offert par ces retrouvailles annuelles avec la pierre, le vent, l’espace, la quiétude d’une nature immanente.

J’avais un ami, le premier dans ce lieu de famille, rencontré lors d’un tournoi de tennis de table gagné.
Mon premier élève également, certains s’esbaudiront pour les dictées et corrections d’orthographes que je lui inculquais patiemment tous les jours.
Il aimait Gide que je détestais, adorait Brel, Brassens , Ferré mais aussi Higelin et Thiéfaine… je lui parlais de Proust, Gombrowicz que je venais de découvrir avec passion
Le petit Guillaume, je le vois encore arriver à nos boums en vélo encore marqué par l’enfance nous tancer tandis que nous nous trémoussions dans les boums inspirés par quelques liqueurs anisées et herbes à glousser.

Et puis une année il nous rattrapa, les cinq années d’écart n’ y faisant plus rien, lui aussi apprit à déguster ces liqueurs, ce vin peut être bien pour se rapprocher de ses héros imbibés, des poètes maudits, d’une autre époque…d’abord avec nous pour nos combats à la pétanque lors des moments de répits estivaux, des sorties dans les boites locales et puis plus tard seul, quotidiennement à outrance pour tromper son errance.
J’avais ami malicieux, sensible et désespérément perdu dans ce monde où ses figures de proue n’étaient plus.
Il luttait pour continuer à acquérir une place en tant qu’homme, ami ou père.
Sa violence éthylique, son désarroi systématique nous éloigna pendant un temps.

Je le revis cet été là, apaisé, au hasard d’une promenade avec le plaisir mutuel de nos retrouvailles.
Nous convînmes le lendemain d’un café afin de partager un bref instant nos parcours en pointillés, comblant nos absences mais le mauvais temps, fatigue … je ne savais pas que c’était la dernière fois que je te voyais mon Guigui.

L’hiver dernier, un banal accident en ouvrant des huîtres à Noël, mon ami s’est éteint le lendemain de ses 42 ans.

Tu me manques mon ami.







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